La petite histoire des magnolias nantais

L’histoire pourrait s’intituler « Magnolias for ever » car les magnolias ont prospéré sous nos climats voici quelques millions d’années comme le prouvent les fossiles retrouvés dans les roches de l’ère tertiaire. Il y eu bien sûr, à la suite de changements climatiques, un assez long interlude pendant lequel les magnolias disparurent de l’Hexagone et il faudra attendre le XVIIIème siècle pour que les magnolias reviennent et prospèrent à nouveau chez nous.

C’est très exactement en 1711, que le « Saint Michel », navire appartenant à René Darquistade, négociant armateur, féru de botanique, débarqua à Paimboeuf un certain nombre de végétaux nouveaux en provenance de Louisiane. Les plantes ramenées à la Maillardière, propriété de Darquistade, actuellement sur la commune des Sorinières, furent selon l’expression consacrée «  réconfortées » après leur long et pénible voyage.

L’un des arbustes, identifié à l’époque sous le nom de « Laurier tulipier », est remarqué pour son superbe feuillage persistant, il est malgré tout jugé trop fragile pour supporter nos hivers locaux et est installé dans l’orangerie du château. Il y restera vingt ans ( !) et malgré les soins dont il bénéficie, il se contente de végéter au point que Darquistade las d’attendre une hypothétique floraison, donne l’ordre à son jardinier de le détruire. Amour des plantes nouvelles, intuition féminine, l’épouse du jardinier s’oppose à la condamnation et plante le rescapé au pied d’une fuye abritée des vents froids. Est-ce le changement d’atmosphère, de sol, ou reconnaissance vis à vis de celle qui l’avait sauvé, l’arbuste prospère, et quelques années plus tard produit ses premières fleurs. C’est le début de la célébrité pour le laurier tulipier et ses immenses fleurs blanc crème délicatement parfumées. En peu de temps la nouvelle est connue, au point que les plus célèbres sommités botaniques de la région viennent l’admirer et lui rendre hommage.

Il faut attendre malgré tout 1764 pour que François Bonamy Directeur du Jardin des Apothicaires l’identifie sous le nom de Magnolia grandiflora conformément à la nomenclature proposée par Plumier et validée par Linné.

Très vite, la multiplication de cet arbre remarquable est envisagée. A la suite de l’échec des semis, c’est la multiplication végétative par marcottage aérien qui est pratiquée. Après de multiples péripéties dont plusieurs tentatives de vol, le pépiniériste Bruneau et son collaborateur Lefièvre réussissent la propagation du magnolia ce qui permet d’envisager sa diffusion. L’un des sujets obtenus à cette occasion sera planté en 1806 au Jardin des plantes de Nantes où après deux cents ans, il est encore possible de l’admirer.

Le sujet de la Maillardière gravement endommagé pendant la Révolution survivra malgré tout pendant quelques décennies. Un courrier de 1793, rédigé par les administrateurs du District de Nantes à l’intention du District de Clisson, atteste des soins donnés au Magnolia de la Maillardière pendant les soubressauts de la Révolution. Malgré cela, vers 1840, l’arbre commence à dépérir et s’éteint définitivement en 1849 en laissant malgré tout une nombreuse descendance qui marque le début de l’histoire des Magnolias nantais.

L’antériorité du Magnolia de la Maillardière, ne doit pas faire passer sous silence une seconde introduction due à Roland Michel Barin de la Galissonnière.

C’est dans le cadre de ses fonctions de Gouverneur de Louisiane que Barin de la Galissonnière fit procéder à de nombreuses introductions et créa un véritable arboretum dans sa propriété du Pallet. On sait peu de choses sur l’histoire de ce second magnolia si ce n’est qu’il serait arrivé dans la région entre 1741 et 1749.

Plus vigoureux que son aîné, le Magnolia de la Galissonnière le surpassa en réputation. C’est actuellement le cultivar le plus commercialisé sous le nom de « Magnolia grandiflora galissonniensis ».

La propriété de la Galissonnière connut aussi les affres de la Révolution, le second magnolia nantais disparaîtra à la Restauration, lorsque la famille ruinée au retour d’émigration vendra les arbres de l’arboretum à un marchand de bois.

A partir de ces deux introductions, le magnolia va devenir la spécialité des pépiniéristes nantais qui vont le multiplier et le diffuser largement. Si le semis est bien maîtrisé, il donne des résultats irréguliers et n’est utilisé que pour l’obtention de porte-greffes ou la sélection de nouveaux cultivars. Pendant de nombreuses décennies c’est la technique du marcottage par couchage qui servira à la production. On peut encore voir dans le jardin de la Résidence des Anciens du Breil-Malville les pieds mères de marcotte des pépinières Bécigneul, (établissement successeur des pépinières Bruneau et Lefièvre.)

Au fil des années, la gamme des cultivars va s’élargir en 1855. André Leroy, pépiniériste angevin, en inscrira près de vingt à son catalogue. Malheureusement au fil des années, « Tomentosa », « Tardiflora », « Praecox cenomanensis », « Biflora », « Diversifolia », « Multiflora » et bien d’autres vont disparaître des cultures et des collections.

Quelques cultivars, plus résistants ou plus méritants sont malgré tout encore cultivés.

M.g « Gloriosa » obtenu en 1840 par Lebreton, pépiniériste angevin

M.g « Namnetensis flore pleno », ce magnolia à fleur en réalité semi doubles, aurait été sélectionné à partir d’un semis de M.g galissonniensis et commercialisé à partir de 1865 par Delaunay autre pépiniériste angevin.

M. g « Exoniensis » Magnolia d’Exmouth descend du plus ancien Magnolia introduit en Angleterre

M.g « Treveyensis » Magnolia obtenu après 1850 par François Treyve. Il présente la particularité de résister aux hivers les plus rigoureux, ouvrant encore plus largement le champ d’utilisation du magnolia grandiflora.

Outre le magnolia grandiflora plusieurs autres espèces sont présentes dans les pépinières nantaises tels les magnolias kobus, stellata, denudata, Delavayi et bien sûr X Soulangiana obtenu par Soulange-Bodin en 1826. Le premier exemplaire de ce nouvel hybride sera fourni par Solange-Bodin lui-même à la Société Nantaise d’Horticulture en 1830. Il constituera le premier prix du Concours Floral remis au Jardinier Jean Guillon qui le diffusera largement.

Pendant quelques décennies malgré tout, l’histoire du magnolia s’écrira plutôt à Angers qu’à Nantes. Les années 80 marqueront la fin de cet intermède et un nouveau chapitre nantais s’ouvrira avec la constitution par la Ville, à la suite d’introductions successives, d’une collection de plusieurs centaines d’espèces et de variétés. L’intérêt et la qualité de cette collection seront reconnus par le C.C.V.S (Conservatoire des collections Variétales spécialisées) qui en 1992 lui confère le titre de Collection Nationale de Référence.

Mais la qualité potentielle d’un outil ne vaut que par son utilisation, c’est dans cet esprit que se noua avec les professionnels locaux un partenariat destiné à la fois à valoriser à travers les « Magnolias de Nantes » l’image de la Ville, mais aussi le dynamisme et le savoir faire des pépiniéristes nantais.


R.JANCEL

Comments are closed.