DONNE-MOI MA CHANCE !

Donne-moi ma chance ! Telle pourrait être la supplique lancée par un certain nombre d’arbres que les aléas de l’évolution urbaine risquent de toucher et faire disparaître. Faut-il tenter la transplantation ? Certes, c’est une affaire de cœur, mais il ne faut pas oublier les aspects techniques et financiers.

De tous temps les jardiniers ont maîtrisé la transplantation de gros sujets. Dès le XVIIème siècle lors de la création du Parc de Versailles, pour réaliser ses bosquets, Lenôtre mettait en place des arbres de grande taille en utilisant des chariots de transplantation. Encore faut-il préciser que l’aptitude à la transplantation varie selon les espèces et qu’elle est grandement facilitée lorsque les arbres ont été « préparés », c’est à dire qu’ils ont subi des contre-plantations successives.



Le magnolia est l’une de ces espèces qui supporte particulièrement bien ce genre d’opération, mieux encore, il a été possible de récupérer des sujets remarquables, qui du fait de circonstances particulières ont dû être transplantés sans préparation préalable. Le cas du Magnolia de la gare de l’Etat à Nantes illustre bien ces sauvetages de l’extrême.

Ce magnolia a probablement été planté en 1887 lors de l’inauguration de la gare. Compte tenu des années passées en pépinière, il a donc au bas mot 120 ans lorsque le projet de restructuration et d’extension des bâtiments le condamne.

Fort d’expériences antérieures le Service des Espaces Verts de Nantes décide le sauvetage et la transplantation. Le challenge n’est pas mince, car les contraintes sont multiples :
– La taille : circonférence du tronc 2.30m hauteur supérieure à 15m ; en raison de ce gabarit, le déplacement se limitera à une quarantaine de mètres pour repositionner l’arbre dans le cadre de l’aménagement futur.
– Les contraintes du site : coincé entre une station service et un blockhaus de la dernière guerre l’arbre n’a pu disposer que d’un couloir de 5m de large ce qui a conditionné le développement des racines et conditionnera la forme et les dimensions du bac.
– Les délais : Liée au planning de l’opération et notamment à la démolition de la station et du blockhaus, la transplantation ne pouvait être préparée par un cernage traditionnel qui aurait nécessité une ou deux saisons.

Les opérations de transplantation

• délimitation de la motte. Contrairement à la tradition des mottes tronconiques, le volume destiné à englober le maximum de racines aboutit ici à une forme parallélépipédique due à la disposition des lieux après l’abattage du blockhaus et le démontage des cuves de la station service. Sous une couche de terre médiocre épaisse d’un mètre, le substratum est constitué de sable de Loire.

• Constitution du bac : en raison de la masse, le bois et le plastique ne suffisent plus, le bac sera métallique, parois en tôles de 3mm dûment soudées et renforcées par une ossature d’IPN de 100mm. Le plancher est le plus délicat à réaliser, si les racines sont peu nombreuses à la périphérie, 5 ou 6 pivots obligent à réaliser un fond à claire-voie. L’arbre et son bac sont solidarisés par de solides élingues fixées au tronc et aux branches maîtresses




• Dispositif de levage : il est constitué d’un palonnier, cadre métallique destiné à équilibrer la charge des câbles le reliant à l’ossature du bac.

La grue : il s’agit d’un des engins les plus puissants disponibles sur le marché, l’arbre, le bac et la motte accusent un poids respectable de 52 tonnes. L’ensemble est positionné sur le trou de plantation prévu à cet effet en respectant au mieux les pivots.




• Soins « postopératoires » : Pour un tel transplanté, la reprise est aléatoire et les soins doivent être à la mesure de l’enjeu.

• l’indispensable consistera en une protection du tronc et des branches contre l’échaudure par de la toile de jute trempée dans l’argile et par un dispositif de brumisation programmé réparti dans l’ensemble des frondaisons

Bilan de santé 2005

Après une forte chute de feuilles au printemps 99 laissant une silhouette dégarnie, les signes de reprise se sont manifestés dès l’été par la sortie de nombreux rejets le long des branches. Au fil des saisons la convalescence se poursuit ; la cime se regarnit lentement traduisant ainsi la lourdeur du traumatisme, mais, malgré tout, et c’est l’essentiel, la reprise est assurée.
Tout porte à croire que le magnolia de la gare de l’Etat oubliera ces jours difficiles et coulera de paisibles années dans son nouvel environnement

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